Conseil Municipal de la commune de Mouila. "J'Aime Mouila" rejette le budget primitif
Description
MOUILA, Gabon-Réuni en session ordinaire, le Conseil
Municipal de la commune de Mouila a été le théâtre d'une opposition frontale.
Les élus du groupe « J’Aime Mouila » ont voté contre l'adoption du budget
primitif, invoquant des « incohérences comptables majeures » et une
absence criante d'investissements pour la ville. Un acte de résistance
politique qui place la transparence et l'état de droit au cœur du débat local.
Reconnu pour son engagement proactif auprès de
la jeunesse et des citoyens, les six conseillers de cette association, ont pris
une position tranchée en refusant de valider les prévisions financières
présentées par l'exécutif municipal. Ce rejet n'est pas qu'un simple acte de
contestation politique ; il s'appuie sur une analyse technique rigoureuse et un
constat amer de la dégradation des services publics dans la localité.
Le premier point d'achoppement, et sans doute le
plus grave sur le plan administratif, concerne la sincérité des comptes
présentés. Pour les élus de « J’Aime Mouila », les documents financiers soumis
au vote souffrent d'un vice de forme rédhibitoire. Le porte-parole du groupe a
été on ne peut plus clair sur les raisons de ce refus.
« Pourquoi nous n'avons pas voté ce budget
? Tout simplement parce que nous avons constaté une incompatibilité des comptes
entre le compte administratif et le compte de gestion », a déclaré le conseiller
Yves Boulingui à la sortie du conclave.
Cette divergence entre le compte administratif
(reflétant l'exécution du maire) et le compte de gestion (tenu par le trésorier
municipal) est perçue comme un signal d'alarme. Dans un système de gestion
saine, ces deux documents doivent impérativement concorder pour garantir que
chaque franc dépensé est tracé et justifié. Pour le groupe, valider un tel
budget reviendrait à cautionner une opacité budgétaire dangereuse pour les
deniers publics.
Au-delà de la technique comptable, les
conseillers de « J’Aime Mouila », par cette position, s'inscrivent dans la
dynamique de renouveau national, ils insistent sur le respect des principes
démocratiques et institutionnels. L'ère des gestions approximatives doit, selon
Juldas Bivouli, le président de cette association, « laisser place à une
rigueur sans faille ».
« Nous sommes pour la proclamation de l'état des
droits, et que par conséquent, nous avons fait référence à l'hospice de l'état
des droits », a martelé Yves Boulingui.
Pour ces élus, le passage à la 5ème République
gabonaise impose une rupture avec les pratiques du passé : « La 5ème République ne doit pas être une
série de républiques bananières. »
Cette référence à l'État de droit n'est pas
fortuite. Elle souligne la volonté de voir les institutions locales fonctionner
avec la même exigence que les instances internationales. Pour « J’Aime Mouila
», la bonne gestion et une vision économique cohérente sont indissociables du respect
des règles comptables.
« Par conséquent, nous sommes sûrs que sur cette
base, il y aura un véritable développement de la société. », A-t-il ajouté.
L'autre pilier de l'argumentation du groupe
concerne le développement concret de la commune. Les élus dénoncent une
stagnation préoccupante, affirmant que la ville de Mouila est la grande oubliée
des programmes d'investissement nationaux actuels. Le sentiment d'abandon est
palpable dans leurs déclarations.
« On a préféré ne pas prendre cette
responsabilité d'un complice. C'est normal. À un moment où on est en train de
parler du développement du pays, Mouila n’ait pas reçu un seul copeck, en
termes d'investissement », a dit le conseiller Boulingui.
Ce refus de « complicité » face à ce qu'ils
considèrent comme une gestion d'immobilisme marque une volonté de
responsabiliser l'exécutif municipal. Ils pointent du doigt le contraste
saisissant entre les promesses de modernisation nationale et la réalité locale,
où les projets structurants semblent à l'arrêt.
Le saviez-vous ? L'association
« J'Aime Mouila » est citée comme l'un des mouvements les plus dynamiques de la
région, regroupant des jeunes « éveillés et proactifs » qui militent pour un
changement radical dans la gestion des affaires locales.
Pour illustrer ce manque d'investissement, le
groupe a dressé une liste non exhaustive, mais révélatrice, des carences dont
souffre la ville. Le manque de sécurité civile est particulièrement mis en
avant : « Vous imaginez
qu'aujourd'hui, Mouila est une des rares villes qui n’a pas de sapeurs-pompiers
», s’est indigné le porte-parole. Une situation jugée inacceptable pour
une capitale provinciale de cette importance.
Le commerce local, poumon économique de la
ville, est également au cœur des préoccupations. Tandis que d'autres localités
du pays inaugurent des infrastructures modernes, Mouila semble condamnée à la
précarité.
« Nous déplorons le fait que les autres villes
soient en train d'inaugurer des marchés très importants et que nous, nous c’est
un hangar quelque part qui ne ressemble pas à un marché qui nous a été
construit », fustigent les élus de l'opposition.
Enfin, c'est l'identité même de Mouila qui est
invoquée. Historiquement reconnue comme un pôle d'excellence et un « carrefour
des intellectuels » depuis l'époque coloniale, la ville souffre aujourd'hui
d'un manque d'équipements sportifs et culturels à la hauteur de son prestige
passé.
Le groupe s'interroge sur l'incapacité de la
commune à offrir à sa jeunesse des plateaux sportifs modernes : « Comment
comprendre que Mouila [...] ne puisse pas avoir un plateau sportif tel qu'ils
sont actuellement équipés dans le reste du pays. » C'est ce cumul de
manquements, entre rigueur comptable bafouée et absence de vision pour
l'avenir, qui a poussé « J’Aime Mouila » à prendre ses responsabilités en
rejetant ce budget.
En plaçant le débat sur le terrain de la légalité
républicaine et du développement concret, l'opposition municipale entend forcer
un changement de paradigme. Pour les citoyens de Mouila, l'enjeu est de taille
: sortir de l'ère des « hangars » pour entrer de plain-pied dans celle d'une
gestion transparente et d'une modernisation effective. La suite des événements
au Conseil Municipal sera déterminante pour l'avenir de la commune.
A propos de cet Article
Catégorie : POLITIQUE
En ligne depuis : 16/04/2026
Auteur : Gérauds Wilfried OBANGOME
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