Alain Claude Bilie By Nze exige la transparence sur l'amnistie, les marchés publics et le code de la nationalité

Alain Claude Bilie By Nze exige la transparence sur l'amnistie, les marchés publics et le code de la nationalité
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LIBREVILLE, Gabon-Lors d'une conférence de presse tenue ce jour au siège de son parti, Ensemble Pour le Gabon (EPG), l'ancien Premier ministre Alain Claude Bilie By Nze a passé au crible l'action gouvernementale. Entre exigences de transparence sur les « libérateurs » du 30 août, dénonciation d'une gestion opaque des deniers publics et opposition frontale au nouveau Code de la nationalité, le leader politique appelle à un sursaut de responsabilité républicaine et à la recherche d'un consensus national.

C'est un discours de rupture et d'interpellation qu'a livré Alain Claude Bilie By Nze devant les médias nationaux et internationaux. Le président de l'EPG a structuré son intervention autour de quatre piliers majeurs, qualifiés de « trois exigences et un point d'actualité ». Au cœur de ses préoccupations : le droit du peuple gabonais à l'information et la préservation de la cohésion sociale face à des réformes jugées arbitraires.

Amnistie : « Le peuple a besoin de savoir qui sont les vrais libérateurs »

La première exigence formulée par le président de l'EPG concerne la mise en œuvre de la Constitution adoptée en décembre 2024, laquelle prévoyait une amnistie générale pour les événements liés à la transition. Si les lois d'amnistie ont été publiées, Alain Claude Bilie By Nze déplore l'absence totale de listes nominatives des bénéficiaires.

Pour le leader politique, cette opacité est incompatible avec la reconnaissance nationale due à ceux qui ont mené le « coup de libération » dans la nuit du 29 au 30 août 2023.

« Le peuple a besoin de savoir qui sont les vrais libérateurs », a-t-il martelé, précisant que cette identification permettrait éventuellement de les décorer et de leur témoigner la gratitude de la nation.

Au-delà de la symbolique, Bilie By Nze soulève une question de droit fondamentale. L'amnistie efface des « crimes » et des « fautes » commis durant cette période charnière. Ne pas nommer les bénéficiaires ferait courir le risque d'une « amnistie à la carte », distribuée à des proches ou des « consanguins » pour les extraire de situations judiciaires délicates, sans lien avec l'acte de libération lui-même. L'EPG réclame donc la publication exhaustive des listes des militaires et des civils concernés, au nom de la transparence et de la responsabilité républicaine, rappelant que ces lois sont votées par le Parlement au nom du peuple gabonais.

Marchés Publics : L'ombre du gré à gré sur des milliers de milliards

Le deuxième volet de son intervention a porté sur la gouvernance économique. Alors que les autorités de la transition avaient promis la fin des passe-droits et le retour à l'orthodoxie budgétaire, le constat dressé par l'EPG est sévère. Selon Alain Claude Bilie By Nze, de l'aveu même des gouvernants, plus de 93% des marchés publics passés depuis septembre 2023 l'ont été par la procédure de gré à gré.

« Le gré à gré signifie qu'on a donné à des amis, on a confié des marchés sans études préalables, sans financement sécurisé. Ces marchés sont estimés aujourd'hui à plusieurs milliers de milliards de francs CFA sans appel d'offre », dit-il.

L'exigence de l'EPG est ici double : la publication de la liste des marchés attribués et l'identification précise des bénéficiaires (noms des entreprises, actionnaires, dirigeants et propriétaires réels). Pour lui, il s'agit d'un impératif de lutte contre la corruption et les délits d'initiés. Il a également souligné que si le gouvernement refusait de répondre à cette demande nationale, il y serait de toute façon contraint par le Fonds Monétaire International (FMI), avec qui le pays est en discussion « forcée », l'institution internationale exigeant traditionnellement de la clarté sur l'utilisation des ressources publiques.

L’Île Mbanié : Le silence préoccupant du gouvernement

Évoquant l'actualité diplomatique, le président de l'EPG s'est étonné du silence de Libreville suite à la nomination, le 25 mars dernier par la Commission de l'Union Africaine, de M. Albert Shingiro en qualité d'envoyé spécial. Ce dernier est chargé d'accompagner le Gabon et la Guinée Équatoriale dans l'application de l'arrêt de la Cour Internationale de Justice (CIJ) concernant le conflit frontalier de l'île Mbanié.

Rappelant que les autorités avaient initialement affirmé que le Gabon ne « perdait pas » dans cette affaire — évoquant la souveraineté sur les îles Cocotiers et Conga en contrepartie — Alain Claude Bilie By Nze demande aujourd'hui des éclairages concrets. Le gouvernement entend-il se soumettre à l'arrêt tel quel ? Quelles sont les échéances des négociations ?

« On ne joue pas avec le territoire national », a-t-il prévenu, soulignant les enjeux cruciaux en termes de ressources naturelles et de sécurité territoriale si une puissance étrangère venait à s'installer durablement dans ces zones stratégiques.

Code de la Nationalité : Une menace pour la cohésion sociale

Le point le plus vif de la conférence a sans nul doute été la dénonciation de l'ordonnance n°004 portant nouveau Code de la nationalité. Alain Claude Bilie By Nze a fustigé tant la forme que le fond de ce texte qu'il juge dangereux pour l'unité du pays.

Sur la forme, il a contesté l'usage de l'ordonnance pour un sujet aussi fondamental, alors que le Parlement ouvrait sa session quelques jours seulement après la signature du texte. Il a également balayé le « service après-vente » assuré par des experts et magistrats à la télévision, estimant que c'est au gouvernement d'assumer politiquement son choix devant les citoyens.

L'EPG s'oppose fermement à la création de "catégories" de Gabonais, soulignant que le nouveau code établit une distinction entre les citoyens. Certains Gabonais, en fonction de leur mode d'acquisition de la nationalité, seraient considérés comme des citoyens de seconde zone, leur interdisant l'accès à des postes élevés dans les domaines militaire et judiciaire. L'orateur a exprimé son indignation en affirmant que ces individus sont jugés aptes à servir en tant que soldats, mais pas à occuper des fonctions de direction. De plus, la loi confère au chef de l'État un pouvoir discrétionnaire en lui permettant de retirer la nationalité à un citoyen pour des "actes subversifs", une notion vague qui ouvre la voie à des abus politiques.

« Retirer la nationalité, c'est une autre façon d'ôter la vie à quelqu'un. La vie civique, politique et sociale. Vous devenez apatride. », A-t-il indiqué.

S'appuyant sur une vision spirituelle et historique, Alain Claude Bilie By Nze a rappelé que « la nationalité est un don de Dieu et de l'histoire, et qu'aucun être humain ne devrait avoir le pouvoir discrétionnaire de la retirer à un autre ». Il a appelé à une révision totale du texte en recherchant un large consensus national incluant sociologues, anthropologues, juristes et acteurs politiques, afin « d'éviter de diviser davantage un pays déjà fragilisé ».



A propos de cet Article

Catégorie : POLITIQUE

En ligne depuis : 01/04/2026

Auteur : Gérauds Wilfried OBANGOME

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