Affaire Webcor : L'Agence judiciaire de l'État gabonais visée par une plainte pénale à Paris
Description
LIBREVILLE, Gabon-Nouveau tournant spectaculaire
dans le bras de fer qui oppose la société française de BTP Webcor à l'État
gabonais. Face à ce qu'elle considère comme des revirements inacceptables de la
part de Libreville, l'entreprise a décidé de porter le litige sur le terrain
pénal. Une plainte visant directement la direction de l'Agence judiciaire de
l'État (AJE) a été déposée à Paris, marquant une escalade inédite dans ce contentieux
vieux de plus de dix ans.
C'est une offensive judiciaire qui risque de
faire grand bruit dans les couloirs des ministères à Libreville. Selon les
informations révélées le 5 mars par la lettre confidentielle Africa
Intelligence, la société française Webcor a franchi un nouveau cap dans sa
stratégie de défense face à l'État gabonais. Le 24 février dernier, une plainte
pour « escroquerie » et « tentative d'escroquerie » a été formellement déposée
auprès du tribunal judiciaire de Paris. Celle-ci ne vise pas une entité
abstraite, mais cible nommément Diane Moussounda, l'actuelle directrice
générale de l'Agence judiciaire de l'État (AJE) gabonais.
Ce choix procédural marque un durcissement clair
et assumé de la stratégie de l'entreprise de BTP. Jusqu'ici cantonné aux
juridictions civiles et aux tribunaux d'arbitrage internationaux, le litige
prend désormais une dimension pénale. Webcor accuse frontalement les autorités
gabonaises de s'être affranchies de leurs propres engagements contractuels par
des manœuvres frauduleuses. Dans le texte de la plainte, les avocats de la
société française n'hésitent pas à évoquer une « volonté délibérée de commettre
la fraude » dans le but exclusif de se soustraire aux obligations financières
incombant à l'État.
Au cœur du différend : un accord à 65 milliards
de FCFA renié
Pour comprendre cette brusque montée en tension,
il faut remonter à janvier 2024. À cette date, un protocole d'accord
transactionnel est signé entre les deux parties. Ce document était censé mettre
un terme définitif à plusieurs années de procédures judiciaires épuisantes et
coûteuses. Les termes de l'accord étaient clairs : l'État gabonais s'engageait
à verser la somme de 65 milliards de francs CFA (soit environ 100 millions
d'euros) à Webcor. En contrepartie, l'entreprise française acceptait de
renoncer à l'ensemble des recours en cours et d'abandonner ses poursuites.
Cependant, dans un revirement inattendu qui a
stupéfait la partie française, les autorités gabonaises ont par la suite
contesté la validité même de cet engagement. Libreville a estimé ne pas être
liée par ce protocole, refusant de procéder au paiement convenu. C'est
précisément cette volte-face qui fonde aujourd'hui l'accusation d'escroquerie :
Webcor estime avoir été trompée par la signature d'un accord que la partie
gabonaise n'aurait, selon elle, jamais eu l'intention d'honorer, l'utilisant
uniquement comme un stratagème pour paralyser les recours de l'entreprise.
Ce nouvel épisode judiciaire s'inscrit dans un
contentieux ancien et particulièrement complexe, ouvert en 2015. À l'époque, le
litige naît de l'abandon brutal du projet de construction du grand marché de
Libreville, un chantier d'envergure confié à Webcor. Depuis cette rupture de
contrat initiale, le dossier s'est transformé en un véritable feuilleton
politico-judiciaire où se succèdent décisions de justice, annulations de
sentences arbitrales et négociations avortées, sans qu'aucune issue durable ne
soit jamais trouvée.
L'arrivée au pouvoir d'un nouveau régime de
transition au Gabon en 2023 avait pourtant laissé espérer une normalisation du
climat des affaires et un règlement rapide des contentieux historiques de
l'État. La signature du protocole transactionnel de janvier 2024 semblait
d'ailleurs s'inscrire dans cette dynamique d'apaisement. Sa remise en cause
soudaine, suivie aujourd'hui du déclenchement d'une procédure pénale en France,
alimente l'idée d'un dossier devenu particulièrement sensible au sommet de
l'État gabonais, illustrant les difficultés persistantes du pays à garantir la
sécurité juridique des investisseurs étrangers.
Pression maximale dans l'attente du jugement de
2026
Aujourd'hui, tous les regards sont tournés vers
le tribunal judiciaire de Paris, qui doit se prononcer sur la portée et la
validité juridique du fameux protocole d'accord. Toutefois, cette décision
cruciale n'est attendue qu'en 2026. Face à ce calendrier judiciaire étiré,
Webcor a manifestement choisi de ne plus temporiser.
En déplaçant le combat sur le terrain pénal et
en ciblant personnellement la directrice de l'Agence judiciaire de l'État, la
société française déploie une stratégie de pression maximale. Il s'agit non
seulement de forcer Libreville à revenir à la table des négociations ou à
honorer sa signature, mais aussi de responsabiliser pénalement les hauts
fonctionnaires impliqués dans la gestion de ce dossier. Une manœuvre audacieuse
qui place la direction de l'AJE dans une position d'extrême inconfort, alors
que l'État gabonais doit plus que jamais rassurer ses partenaires économiques
internationaux.
A propos de cet Article
Catégorie : ECONOMIE
En ligne depuis : 26/03/2026
Auteur : Gérauds Wilfried OBANGOME
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