Gabon-Société civile : entre engagement authentique et instrumentalisation opportuniste

Gabon-Société civile : entre engagement authentique et instrumentalisation opportuniste
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LIBREVILLE, Gabon- La question de la société civile soulève un débat crucial : s'agit-il d'un véritable acteur engagé en faveur de l'intérêt général ou d'une entité soumise à des intérêts particuliers ? Dans une publication faite sur ses réseaux sociaux, Jovanny Moubagna, a livré une analyse sur la situation actuelle du Gabon. D’emblée, le juriste-publiciste-chercheur à l'université Omar Bongo, énonce qu’un « vrai acteur défend l’intérêt général, même quand ça dérange ».

Au Gabon, où la frontière entre engagement sincère et récupération du terme « société civile » semble plus floue que jamais, mettant en jeu la crédibilité des réformes et la confiance des citoyens, l’analyse de l’intellectuel distingue une société civile authentique d'une société servile.

Le cadre: ce que l’on attend d’un acteur de la société civile

La mission et les valeurs des organisations de la société civile consistent à représenter les voix des citoyens, à promouvoir l'intérêt collectif, et à favoriser la transparence ainsi que la démocratie participative. Elle devrait s’engager à agir de manière durable, en maintenant une approche cohérente et constante, en mettant l'accent sur un travail approfondi et des résultats concrets plutôt que sur des annonces spectaculaires. Par ailleurs, elle doit  naviguer entre l'indépendance, les ressources nécessaires et la pression exercée par des partenaires, tout en évitant les conflits d'intérêts et la captation du mouvement citoyen par des intérêts privés.

« Un acteur de la société civile est avant tout un citoyen engagé, animé par des convictions profondes et une volonté sincère de défendre l’intérêt général. Son rôle est de porter la voix des populations, de promouvoir la transparence, la justice et la réforme, même lorsque cela implique des sacrifices personnels. Il agit dans la durée, avec cohérence et constance, sans chercher à tirer un bénéfice individuel de son engagement », rappelle Jovanny Moubagna.

Les signes de l’instrumentalisation: comment les déceler

La mobilisation opportuniste se caractérise par un discours qui varie en fonction des opportunités politiques ou médiatiques, révélant une incohérence entre les actions menées et les engagements affichés. De plus, l'utilisation du terme « société civile » apparaît souvent comme une simple étiquette, sans véritable preuve d'engagement ou d'efforts concrets. Par ailleurs, l'absence de transparence concernant les sources de financement et les bénéfices personnels tirés de cet engagement soulève des questions éthiques. Enfin, les projets proposés semblent déconnectés des besoins réels des populations, manquant de pertinence locale et de mécanismes adéquats de reddition de comptes.

« À l’inverse, un acteur qui utilise la société civile à des fins personnelles se sert de ce cadre comme d’un tremplin pour ses ambitions. Ces individus peuvent aller jusqu’à défendre l’indéfendable lorsque leurs intérêts sont en jeu. Leur discours varie selon les opportunités, et leur prétendu militantisme se réduit souvent à une stratégie de positionnement », écrit-il.

Le contexte gabonais: entre promesses de réforme et réalités sur le terrain

Les traductions institutionnelles révèlent l'existence de cadres juridiques et financiers destinés à réguler l'action des ONG et des associations. Cependant, leur mise en œuvre demeure inégale, laissant place à des incertitudes concernant la traçabilité et l'évaluation des résultats obtenus. Par ailleurs, une partie du public exprime un certain scepticisme à l'égard d'acteurs qui semblent tirer profit du label « société civile » sans apporter de réelle valeur ajoutée sur le plan civique. Enfin, les organisations de la société civile, les médias citoyens et les think tanks ont la capacité de former un écosystème solide, à condition que chaque acteur adhère à des normes éthiques et de transparence.

« Au Gabon, la société civile a trop souvent été transformée en base arrière pour des arrivistes et des laudateurs, dépourvus de valeurs et de convictions réelles. Ils exploitent le prestige du terme « société civile » pour se donner une légitimité qu’ils n’ont pas construite par le travail ou la constance », affirme le juriste-publiciste-chercheur.

L'intellectuel souligne que le fait d'avoir purgé une peine de prison ne confère ni légitimité ni droit à se poser en figure de proue de la société civile. Bien que l'expérience de l'incarcération soit éprouvante, elle ne saurait remplacer la crédibilité acquise par un engagement désintéressé, une persévérance dans la lutte et une fidélité aux valeurs fondamentales.

« La véritable société civile se reconnaît à sa capacité à défendre l’intérêt collectif, même contre vents et marées, et non à l’habileté de certains à instrumentaliser les luttes pour leur carrière ou leur image », distingue-t-il.

Témoignages et analyses

Interrogé sur ce post, plusieurs témoignages répondent que la société civile doit impérativement adopter une posture proactive en faveur du bien commun, évitant ainsi de devenir un simple vecteur d'ambitions individuelles. Dans ce contexte, la crédibilité et l'influence de la société civile au Gabon se révèlent cruciales pour le renforcement de l'État de droit.

« La société civile a une fonction cruciale — contrôler le pouvoir, accompagner les réformes et défendre les plus vulnérables. Quand cela se transforme en simple vitrine ou en passeport pour des avantages personnels, c’est tout le système qui se délite», pense le journaliste Aimé Jordan Pango

« L’indépendance n’est pas qu’un mot; c’est une pratique. Les financements doivent être clairs, les décisions partagées et les résultats mesurables. Sinon, la crédibilité s’effrite et les citoyens se détournent», dit l’associatif Bilane Paul

 « Je veux des ONG qui parlent vrai, qui vérifient les faits et qui rendent des comptes. Pas des slogans qui changent avec le vent », répond le citoyen engagé Alain Mandoukou

« Le Gabon gagnerait à instaurer des mécanismes obligatoires de reddition de comptes, des audits publics et des critères d’éligibilité transparents pour les acteurs de la société civile, afin de distinguer l’engagement authentique des visées personnelles», avance l’expert en gouvernance Liam Noah Mbié.

Enjeux et implications pour le pays

La crédibilité des réformes repose sur la confiance du public envers les acteurs impliqués. Une société civile digne de foi peut non seulement favoriser des processus participatifs, mais aussi renforcer la transparence des actions entreprises. De plus, un climat d'investissement et de partenariat est favorisé lorsque les représentants de la société civile sont perçus comme authentiques, ce qui peut attirer un soutien international et des financements pour des projets d'intérêt public. En outre, la cohésion sociale est mise à mal lorsque les besoins des populations ne sont pas alignés avec les priorités de certains acteurs, augmentant ainsi le risque de fractures sociales et de désillusion politique. Enfin, une société civile dynamique joue un rôle essentiel en tant que contre-pouvoir, mais elle doit demeurer vigilante face à toute dérive qui pourrait compromettre ses missions fondamentales.

« En définitive, la société civile doit être un acteur engagé pour l'intérêt général, pas un tremplin pour des ambitions personnelles. Bref, la crédibilité et l'impact de la société civile au Gabon est une exigence consubstantielle  à l’État de droit », conclu Jovanny Moubagna, juriste-publiciste-chercheur à l'université Omar Bongo

La société civile, en tant que collectivité de citoyens engagés, demeure un pilier fondamental de la démocratie et du développement. Toutefois, comme tout outil puissant, elle peut être détournée de sa finalité lorsque des intérêts personnels prennent le pas sur l’intérêt général. Le Gabon-comme d’autres démocraties émergentes-gagnerait à consolider les garde-fous, à clarifier les cadres d’action et à promouvoir une culture d’intégrité qui fasse de la société civile non pas une simple étiquette, mais un véritable levier du progrès social.



A propos de cet Article

Catégorie : SOCIETE

En ligne depuis : 04/01/2026

Auteur : Gérauds Wilfried OBANGOME

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