"Tout se Dire": Bilie By Nze raconte le paysage institutionnel et politique du Gabon des années 90

"Tout se Dire": Bilie By Nze raconte  le paysage institutionnel et politique du Gabon des années 90
Description

LIBREVILLE, Gabon-Dans sa série de podcast « Tout se Dire » qui raconte l’histoire et le parcours du Gabon et de lui-même, Alain Claude Bilie By Nze, dans l’épisode 50 publié ce 19 décembre, relate qu’au lendemain du référendum constitutionnel de septembre 1995, le Gabon était entré dans une phase d'intense activité politique. Il raconte que la révision de la Constitution de 1991 a redessiné le paysage institutionnel du Gabon, avec la création d'un Sénat et d'un poste de vice-président. Tandis que le gouvernement s'attelait à traduire les Accords de Paris en lois, les partis politiques, du pouvoir à l'opposition, se réorganisaient et affûtaient leurs stratégies en prévision des élections législatives et locales de 1996, marquant une période de recomposition et de mobilisation sans précédent.  

Un cadre institutionnel renouvelé

Pour l’ex Premier ministre « l'adoption par référendum en septembre 1995 de la nouvelle Constitution, qui est en réalité une profonde révision de celle de mars 1991 », a marqué un tournant majeur pour l'architecture institutionnelle du Gabon. La principale innovation fut l'introduction du Sénat, transformant le Parlement en un système bicaméral. Cette chambre haute avait pour vocation de représenter les collectivités locales et d'apporter une modération dans le processus législatif, aux côtés de l'Assemblée Nationale.

Parallèlement, souligne le Président du parti de l’opposition Ensemble Pour le Gabon (EPG), « les fonctions présidentielles ont été réexaminées, aboutissant à la création d'un poste de vice-président de la République ». Cette nouvelle fonction a cependant immédiatement suscité le scepticisme et la critique. Dépourvu de prérogatives claires et de contenu réel, le poste a été perçu par beaucoup comme une sinécure destinée à des fins politiques. L'opposant historique Pierre Mamboundou a eu une formule cinglante pour le qualifier, prédisant que son occupant ne serait qu'un simple « factotum ».

« L'occupant de cette fonction ne sera qu'un factotum. C'est un poste en fait qui ne servira à rien, ce sera en quelque sorte un envoyé spécial que le président mettra à ses côtés», a rappelé Alain Claude Bilie By Nze.

Cette analyse suggérait que le vice-président n'aurait aucune autonomie décisionnelle, servant uniquement de relais ou d'exécutant pour le chef de l'État, une critique qui a durablement marqué la perception de cette institution.

La traduction législative des Accords de Paris

Décrivant "très politique", le gouvernement mis en place à cette période, qui  s'est vu confier une mission primordiale : veiller à ce que les grandes résolutions des Accords de Paris soient transposées en actes législatifs et réglementaires, Bilie By Nze rappelle que « les accords, signés pour sortir de la crise post-électorale de 1993-1994, devaient jeter les bases d'un jeu politique plus apaisé et démocratique ».

Une intense activité législative s'en est suivie. Plusieurs textes fondamentaux ont été adoptés, notamment la loi portant dispositions communes à toutes les élections politiques. Ce texte-cadre a défini les règles pour l'élection des députés à l'Assemblée Nationale, mais aussi pour les scrutins locaux (maires, conseils départementaux et municipaux), ainsi que l'élection des sénateurs. Une loi spéciale a également été promulguée pour régir l'élection du président de la République. En 1996, un jalon important a été posé avec l'adoption de la première loi sur la décentralisation, engageant le pays dans une nouvelle organisation territoriale et administrative.

L'échiquier politique en pleine recomposition

L'approche des élections législatives de fin 1996, les deuxièmes de l'ère post-Conférence Nationale, et des premières élections locales, a électrisé la scène politique. Tous les acteurs se sont mis en ordre de bataille.

L’ancien Premier ministre rappelle que, « le parti au pouvoir, le Parti Démocratique Gabonais (PDG), tentait de se remobiliser. Sorti "groggy" de l'épreuve de la Conférence Nationale de 1990, puis de la grave crise politique de 1993-1994, il cherchait un second souffle ». Sa stratégie a consisté à se réorganiser en formant une nouvelle majorité présidentielle, élargie à d'anciennes figures de l'opposition. Des personnalités comme Serge Mba Bekale, de l'Union Socialiste Gabonaise (USG), Victor Mapangou Moucani Muesta, Jean-Béniface Assele (qui avait précédemment claqué la porte du PDG) ou encore Maître Mayila du Parti de l'Unité du Peuple (PUP) ont ainsi rejoint le camp présidentiel, illustrant un mouvement de transhumance politique significatif.

De son côté, l'opposition n'était pas en reste. Loin de se laisser abattre par ces défections, elle s'est organisée avec vigueur. Les anciens candidats à la présidentielle ont consolidé leurs formations politiques ou en ont créé de nouvelles. La mobilisation était palpable sur le terrain, à travers une multiplication de meetings, de causeries et de mots d'ordre lancés à la population.

Le RNB, une machine politique à l'offensive

Parmi les forces d'opposition les plus actives, le Rassemblement National des Bûcherons (RNB) s'est distingué, affirme Alain Claude Bilie By Nze, par une stratégie d'implantation et de mobilisation méthodique. Le parti a poursuivi l'installation de ses "cellules" de base, quadrillant méticuleusement le territoire. À Libreville, aucun quartier n'était oublié. Dans les quartiers les plus vastes, plusieurs cellules étaient créées pour assurer un maillage fin.

« Nous nous mobilisions à la fois du côté des jeunes dans les quartiers, mais aussi avec des femmes qui sont très actives », rappelle-t-il.

Cette implantation s'étendait au-delà de la capitale, à Owendo, Ntoum, et surtout à Kango, qui était à l'époque une place forte du RNB, au même titre que d'autres localités comme Medouneu, Bifoun, Mitzic ou Makokou, cette dernière ayant une histoire militante particulière avec le Père Paul Mba Abessole remontant à la "guerre des cailloux" des années 70.

Bilie By Nze indique que, « le RNB fonctionnait comme une véritable école politique ». Les réunions de cellules suivaient un ordre du jour standardisé, preuve d'une organisation rigoureuse. Le premier point, "Information", permettait à chaque militant de partager des nouvelles et d'en débattre collectivement, favorisant la circulation de l'information et la formation politique. Les points suivants étaient consacrés à l'orientation stratégique du parti et à la mise en œuvre des mots d'ordre. Cette structuration a permis de former et de fidéliser une base militante solide et informée.

Ancien militant du RNB, Bilie By Nze souligne qu'à cette période charnière de l'histoire du parti, plusieurs débats émergent. Ces discussions portent sur la ligne directrice du parti ainsi que sur l'organisation des prochaines élections, d'autant plus que le RNB a connu une expansion significative. En 1990, de nombreux candidats avaient été présentés et avaient remporté des élections, même s'ils étaient peu connus. En 1996, avec l'arrivée de nombreux nouveaux cadres et l'augmentation des cellules, il devenait essentiel de structurer le processus de désignation des candidats. C'est ainsi qu'a été proposée l'organisation de primaires pour départager les candidats, notamment en tenant compte des députés sortants, dont certains ne répondaient plus aux attentes. Dans ce contexte, Bilie By Nze, aux côtés d'Amoughe Mba, Edou Eyene et d'autres militants du RNB, poursuit ses efforts pour renforcer l'organisation du parti.

La mobilisation des femmes était également un axe stratégique majeur. Des figures comme Marie-Rose Melighe Me Ngwa, Marguerite Makanga, Marise Ivanga, Charlotte Kombila, Eulalie Nkweng Ndoume et Berthe Mbene-Mayer ont joué un rôle de premier plan, organisant les femmes au sein du parti et collaborant parfois avec des militantes d'autres formations politiques de l'opposition.

Vers les élections : l'épreuve des primaires

Avec sa croissance rapide, le RNB a dû faire face à de nouveaux défis internes. Le parti avait attiré de nombreux cadres et sa base s'était considérablement élargie depuis les élections de 1990, où des inconnus avaient pu être élus sous sa bannière. En 1996, la compétition pour les investitures était devenue féroce.

Pour gérer cette nouvelle réalité et garantir un processus de sélection démocratique, la direction du parti a proposé une solution novatrice pour l'époque : l'organisation de primaires. Il n'était plus question de reconduire systématiquement les députés sortants, surtout lorsque leur bilan était jugé insatisfaisant par la base. Cette introduction des primaires, destinée à départager les candidats de manière transparente, a suscité d'intenses débats internes et allait avoir des répercussions importantes sur la cohésion du parti, un aspect qui se révélerait plus tard.

Dans cette effervescence, de nouveaux outils de communication ont vu le jour, à l'image de la création de Radio Soleil, qui a rapidement intégré des militants du RNB comme Francis Edou Eyene, Alain Claude Bilie By Nze et Marguerite Makanga et son époux et d’autres jeunes, offrant une nouvelle tribune pour porter la voix de l'opposition et mobiliser les citoyens à l'aube d'élections qui s'annonçaient décisives pour l'avenir du Gabon.

A suivre…



A propos de cet Article

Catégorie : POLITIQUE

En ligne depuis : 22/12/2025

Auteur : Gérauds Wilfried OBANGOME

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